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Posts Tagged ‘poésie’

Trilce, XIII (1922) – César Vallejo

mars 13, 2015 Laisser un commentaire

Pienso en tu sexo.
Simplificado el corazón, pienso en tu sexo,
ante el hijar maduro del día.
Palpo el botón de dicha, está en sazón.
Y muere un sentimiento antiguo
degenerado en seso.

Pienso en tu sexo, surco más prolífico
y armonioso que el vientre de la Sombra,
aunque la Muerte concibe y pare
de Dios mismo.
Oh Conciencia,
pienso, sí, en el bruto libre
que goza donde quiere, donde puede.

Oh, escándalo de miel de los crepúsculos.
Oh estruendo mudo.

Odumodneurtse!

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Chronique, 4 (1959) – Saint-John Perse

mars 2, 2015 Laisser un commentaire

Errants, ô Terre, nous rêvions …

Nous n’avons point tenure de fief ni terre de bien-fonds. Nous n’avons point connu le legs, ni ne saurions léguer. Qui sut jamais notre âge et sut notre nom d’homme ? Et qui disputerait un jour de nos lieux de naissance ? Éponyme, l’ancêtre, et sa gloire, sans trace. Nos œuvres vivent loin de nous dans leurs vergers d’éclairs. Et nous n’avons de rang parmi les hommes de l’instant.

Errants, que savions-nous du lit d’aïeule, tout blasonné qu’il fût dans son bois moucheté des Îles ?… Il n’était point de nom pour nous dans le vieux gong de bronze de l’antique demeure. Il n’était point de nom pour nous dans l’oratoire de nos mères (bois de jacaranda ou de cédrat), ni dans l’antenne d’or mobile au front des gardiennes de couleur.

Nous n’étions pas dans le bois de luthier de l’épinette ou de la harpe ; ni dans le col de cygne des grands meubles lustrés, couleur de vin d’épices. Non plus n’étions dans les ciselures du bronze, et dans l’onyx, et les cannelures de pilastres, ni dans les vitres peuplées d’arbres des hautes armoires à livres, tout miel et or et cuir rouge d’Émir,

Mais dans l’écale de tortue géante encore malodorante, et dans le linge des servantes, et dans la cire des selleries où s’égare la guêpe ; ah ! dans la pierre du vieux fusil de noir, et dans l’odeur de copeaux frais des charpentiers de mer, et dans la guibre du voilier sur chantier de famille ; mieux, dans la pâte de corail blanc sciée pour les terrasses, et dans la pierre noire et blanche des grands carrelages d’offices, et dans l’enclume du forgeron d’étable, et dans ce bout de chaîne luisante, sous l’orage, qu’élève, corne haute, la lourde bête noire portant bourse de cuir…

L’algue fétide de minuit nous fut compagne sous les combles.

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Poemas en prosa: El buen sentido (1928) – César Vallejo

septembre 3, 2014 Laisser un commentaire

Hay, madre, un sitio en el mundo, que se llama París. Un sitio muy grande y lejano y otra vez grande.

Mi madre me ajusta el cuello del abrigo, no porque empieza a nevar, sino para que empiece a nevar.

La mujer de mi padre está enamorada de mí, viniendo y avanzando de espaldas a mi nacimiento y de pecho a mi muerte. Que soy dos veces suyo: por el adiós y por el regreso. La cierro, al retornar. Por eso me dieran tánto sus ojos, justa de mí, in fraganti de mí, aconteciéndose por obras terminadas, por pactos consumados.

Mi madre está confesa de mí, nombrada de mí. ¿Cómo no da otro tanto a mis otros hermanos? A Víctor, por ejemplo, el mayor, que es tan viejo ya, que las gentes dicen: ¡Parece hermano menor de su madre! ¡Fuere porque yo he viajado mucho! ¡Fuere porque yo he vivido más!

Mi madre acuerda carta de principio colorante a mis relatos de regreso. Ante mi vida de regreso, recordando que viajé durante dos corazones por su vientre, se ruboriza y se queda mortalmente lívida, cuando digo, en el tratado del alma: Aquella noche fui dichoso. Pero, más se pone triste; más se pusiera triste.

—Hijo, ¡cómo estás viejo!

Y desfila por el color amarillo a llorar, porque me halla envejecido, en la hoja de espada, en la desembocadura de mi rostro. Llora de mí, se entristece de mí. ¿Qué falta hará mi mocedad, si siempre seré su hijo? ¿Por qué las madres se duelen de hallar envejecidos a sus hijos, si jamás la edad de ellos alcanzará a la de ellas? ¿Y por qué, si los hijos, cuanto más se acaban, más se aproximan a los padres? ¡Mi madre llora porque estoy viejo de mi tiempo y porque nunca llegaré a envejecer del suyo!

Mi adiós partió de un punto de su ser, más externo que el punto de su ser al que retorno. Soy, a causa del excesivo plazo de mi vuelta, más el hombre ante mi madre que el hijo ante mi madre. Allí reside el candor que hoy nos alumbra con tres llamas. Le digo entonces hasta que me callo:

—Hay, madre, en el mundo un sitio que se llama París. Un sitio muy grande y muy lejano y otra vez grande.

La mujer de mi padre, al oírme, almuerza y sus ojos mortales descienden suavemente por mis brazos.

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Gravitations : Le portrait (1925) – Jules Supervielle

septembre 3, 2014 Laisser un commentaire

Mère je sais très mal comme l’on cherche les morts,
et je m’égare dans mon âme, ses visages escarpés
et ses ronces de regards.
Aide-moi à revenir
de mes horizons qu’aspirent des lèvres vertigineuses.
Aide-moi à être immobile,
tant de gestes nous séparent, tant de lévriers cruels!
Que se taisent les voyages qui déchirent mes années
en sanguinolents paysages
et ces têtes en offrandes
qui viennent frapper la nuit à la portière des trains!
Que je penche sur la source où conspire ton silence,
dans un reflet de feuillage que ton âme fait trembler.

Ah! sur ta photographie
je ne puis pas même voir de quel côté souffle ton regard.
Nous nous en allons pourtant, ton portrait avec moi-même,
si condamnés l’un à l’autre
que notre pas est semblable
dans ce pays clandestin
où nul ne passe que nous.
Nous montons bizarrement les côtes et les montagnes
et jouons dans les descentes comme des blessés sans mains.
Mes souvenirs ont goût de carton qui auraient pu être
vivants.
Un cierge coule chaque nuit gicle à la face de l’aurore,
l’aurore qui chaque jour sort des draps lourds de la mort,
à demi asphyxiée
tardant à se reconnaître.
Je te parle durement ma mère.
Je parle durement aux morts parce qu’il faut leur parler
dur,
debout sur des toits glissants,
les deux mains en porte-voix et sur un ton courroucé
pour dominer le silence assourdissant
qui voudrait nous séparer, nous les morts et les vivants.

J’ai de toi quelques bijoux, comme des fragments de l’hiver
qui descendent les rivières.
Ce bracelet fut de toi qui brille en la nuit d’un coffre
en cette nuit écrasée où le croissant de la lune
tente en vain de se lever
et recommence toujours, prisonnier de l’impossible.

J’ai été toi si fortement, moi qui le suis si faiblement
et si rivés tous les deux que nous eussions dû mourir
ensemble
comme deux matelots mi-noyés et s’empêchant l’un l’autre
de nager,
et se donnant encore des coups de pied dans les profondeurs
de l’Atlantique
où commencent les poissons aveugles
et les horizons verticaux.

Parce que tu as été moi
je puis regarder un jardin sans penser à autre chose
choisir parmi mes regards
et aller à ma rencontre.
Peut-être reste-t-il encore
un ongle de tes mains parmi les ongles de mes mains,
un de tes cils mêlés aux miens;
un de tes battements s’égare-t-il parmi les battements de
mon cœur,
je le devine entre tous
et je sais le retenir.

Mais ton cœur bat-il encore? Tu n’as plus besoin de cœur.
Tu vis séparée de toi comme si tu étais ta propre sœur,
ma morte de vingt-huit ans dans ton sourire sans amarres,
me regardant de trois-quarts
avec l’âme en équilibre et pleine de retenue.
Tu portes la même robe que rien n’usera plus,
elle est entrée dans l’éternité avec beaucoup de douceur
et change parfois de couleur, mais je suis seul à savoir.

Cigales de cuivre, lions de bronze, vipères d’argile
autour de moi rien ne respire.
Le souffle de mon mensonge
est seul à vivre, seul à vivre à mille lieues à la ronde.
Je cherche dans des coffres qui m’entourent brutalement
mettant les ténèbres sans dessus dessous
dans des caisses profondes profondes
comme si elles n’étaient plus de ce monde,
et voici à mon poignet
le pouls minéral des morts
celui-là que l’on entend si l’on approche le corps
des strates du cimetière.

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Gravitations : Mouvement (1925) – Jules Supervielle

janvier 18, 2014 Laisser un commentaire

Ce cheval qui tourna la tête
Vit ce que nul n’a jamais vu
Puis il continua de paître
A l’ombre des eucalyptus.

Ce n’était ni homme ni arbre
Ce n’était pas une jument
Ni même un souvenir de vent
Qui s’exerçait sur du feuillage.

C’était ce qu’un autre cheval,
Vingt mille siècles avant lui,
Ayant soudain tourné la tête
Aperçut à cette heure-ci.

Et ce que nul ne reverra,
Homme, cheval, poisson, insecte,
Jusqu’à ce que le sol ne soit
Que le reste d’une statue
Sans bras, sans jambes et sans tête.

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Hôtel Notre-Dame (1917) – Blaise Cendrars

juillet 30, 2013 Laisser un commentaire

Je suis revenu au Quartier
Comme au temps de ma jeunesse
Je crois que c’est peine perdue
Car rien en moi ne revit plus
De mes rêves de mes désespoirs
De ce que j’ai fait à dix-huit ans

On démolit des pâtés de maisons
On a changé le nom des rues
Saint-Séverin est mis à nu
La place Maubert est plus grande
Et la rue Saint-Jacques s’élargit
Je trouve cela beaucoup plus beau
Neuf et plus antique à la fois

C’est ainsi que m’étant fait sauter
La barbe et les cheveux tout court
Je porte un visage d’aujourd’hui
Et le crâne de mon grand-père

C’est pourquoi je ne regrette rien
Et j’appelle les démolisseurs
Foutez mon enfance par terre
Ma famille et mes habitudes
Mettez une gare à la place
Ou laissez un terrain vague
Qui dégage mon origine

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Diadème, La main de Dieu : Femme connue (1949) – Pierre Jean Jouve

juillet 6, 2013 Laisser un commentaire

Grands spectacles de peau que je vous déshabille
Pampres: bois de noirceur! plages bleues et rameaux
Où domine deux fois la mamelle ductile
Par pitié et sa tête rose où boire l’eau

Certains yeux contenant la sourdeur de la mer
Mais aussi le radium amoureux d’une étoile
Certains flancs ressemblant aux sables et à l’air
La lumière violant une forêt natale

Dans les globes, cheveux, récifs, temples, grands os
Le nombril et les dents, la nuque et les jointures
Innocence et péché symétriquement beaux
Le pubis, les jarrets, le ventre architecture.

Nous savons, nous aimons, nous hantons et baisons
Votre mystère blanc plaisant laboratoire
O médianes chargées des principes du temps
Où pas un instant pur n’est laissé à la gloire.

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