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Posts Tagged ‘Irlande’

Letters to Tom McGreevy, 8 and 16 September 1934 – Samuel Beckett

janvier 4, 2014 Laisser un commentaire

What a relief the Mont Ste. Victoire after all the anthropomorphised landscape – van Goyen, Avercamp, the Ruysdaels, Hobbema, even Claude [Lorrain], Wilson & [John?] Crome Yellow Esq., or paranthropomorphised by Watteau so that the Débarquement seems an illustration of « poursuivre ta pente pourvu qu’elle soit en montant », or hyperanthropomorphized by Rubens – Tellus in record travail, or castrated by Corot; after all the landscape « promoted » to the emotions of the hiker, postulated as concerned with the hiker (what an impertinence, worse than Aesop & the animals), alive the way a lap or a fist (Rosa) is alive. Cézanne seems to have been the first to see landscape & state it as material of a strictly peculiar order, incommensurable with all human expressions whatsoever. Atomistic landscape with no velleities of vitalism, landscape with personality a la rigueur, but personality in its own terms, not in Pelman’s, landscapality.

Ruysdael’s Entrance to the Forest – there is no entrance anymore nor any commerce with the forest, its dimensions are its secret & it has no communications to make. Cézanne leaves landscape maison d’aliénés & a better undertanding of the term « natural » for idiot.

… How far Cézanne had moved from the snapshot puerilities of Manet & Cie when he could understand the dynamic intrusion to be himself & so landscape to be something by definition unapproachably alien, unintelligible arrangement of atoms, not so much as ruffled by the kind attentions of the Reliability Joneses.

– – – –

I do not see any possibility of relationship, friendly or unfriendly, with the unintelligible, and what I feel in Cézanne is precisely the absence of a rapport that was all right for Rosa or Ruysdael for whom the animising mode was valid, but would have been false for him, because he had the sense of his incommensurability not only with life of such a different order as landscape but even with life of his own order, even with the life – one feels looking at the self-portrait in the Tate, not the Cézanne chauve but with the big hat – operative in himself.

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Premier amour (1945) – Samuel Beckett

décembre 13, 2012 Laisser un commentaire

Je voyais un peu mieux sa figure. Je la trouvais normale, sa figure, une figure comme il y en a des millions. Elle louchait, mais cela je ne le sus que plus tard. Elle ne semblait ni jeune ni vieille, sa figure, elle était comme suspendue entre la fraîcheur et le flétrissement. Je supportais mal, à cette époque, ce genre d’ambiguïté. Quant à savoir si elle était belle, sa figure, ou si elle avait été belle, ou si elle avait des chances de devenir belle, j’avoue que j’en étais incapable. J’ai vu des figures sur des photos que j’aurais peut-être pu appeler belles, si j’avais eu quelques données sur la beauté. Et la figure de mon père, sur son lit de mort, m’avait fait entrevoir la possibilité d’une esthétique de l’humain. Mais les figures des vivants, toujours en train de grimacer, avec le sang à fleur de peau, est-ce des objets? J’admirais, malgré l’obscurité, malgré mon trouble, la façon qu’a l’eau immobile, ou qui coule lentement, de se soulever vers celle qui tombe, comme assoiffée.

[…]

Il faut croire que j’étais hors de moi à cette époque. Je ne me sentais pas bien à côté d’elle, sauf que je me sentais libre de penser à autre chose qu’à elle, et c’était déjà énorme, aux vieilles choses éprouvées, l’une après l’autre, et ainsi de proche en proche à rien, comme par des marches descendant vers une eau profonde. Et je savais qu’en la quittant je perdrais cette liberté.

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Molloy (1947) – Samuel Beckett

juillet 8, 2012 Laisser un commentaire

J’ai parlé d’une voix qui me disait ceci et cela. Je commençais à m’accorder avec elle à cette époque, à comprendre ce qu’elle voulait. Elle ne se servait pas des mots qu’on avait appris au petit Moran, que lui à son tour avait appris à son petit. De sorte que je ne savais pas d’abord ce qu’elle voulait. Mais j’ai fini par comprendre ce langage. Je l’ai compris, je le comprends, de travers peut-être. La question n’est pas là. C’est elle qui m’a dit de faire le rapport. Est-ce à dire que je suis plus libre maintenant? Je ne sais pas. J’apprendrai. Alors je rentrai dans la maison, et j’écrivis, Il est minuit. La pluie fouette les vitres. Il n’était pas minuit. Il ne pleuvait pas.

 

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Comment c’est (1961) – Samuel Beckett

mai 19, 2012 Laisser un commentaire

 

bleu et blanc du ciel un moment encore matin d’avril sous la boue c’est fini c’est fait ça s’éteint j’ai eu l’image la scène reste vide quelques bêtes puis s’éteint plus de bleu je reste là

là-bas à droite dans la boue la main s’ouvre et se referme ça m’aide qu’elle s’en aille je me rends compte que je souris encore ce n’est plus la peine depuis longtemps ce n’est plus la peine

la langue ressort va dans la boue je reste là plus soif la langue rentre la bouche se referme elle doit faire une ligne droite à présent c’est fini c’est fait j’ai eu l’image

ça a dû durer un bon moment avec ça j’ai duré un moment ça a dû être de bons moments bientôt ce sera Pim je ne peux pas le savoir les mots ne peuvent pas venir finie bientôt la solitude perdue bientôt ces mots-là

je viens d’avoir de la compagnie moi parce que ça m’amuse je le dis comme je l’entends avec une petite amie sous le ciel d’avril ou de mai nous avons disparu je reste là

là-bas à droite la main qui tire la bouche fermée dur les yeux écarquillés collés à la boue nous reviendrons peut-être ce sera la brune la terre de l’enfance qui peu à peu reluit traînées d’ambre mourant dans une grisaille de cendres le feu a dû passer par là quand je nous revois nous somme déjà tout près

c’est la brune nous rentrons las je ne vois plus que les parties nues les visages solidaires levés au levant la clarté mouvante des mains emmêlées las et lents nous remontons vers moi et disparaissons

les bras au milieu me traversent et une partie des corps ombres à travers une ombre la scène est vide sous la boue le dernier ciel s’éteint les cendres foncent plus d’autre monde pour moi que le mien très joli seulement pas comme ça ça ne se passe pas comme ça

j’attends que nous revenions peut-être et nous ne revenons pas que d’aventure le soir me murmure ce que le matin m’avait chanté et ce jour-là à ce matin-là pas de soir

 

 

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