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Archive for the ‘Littérature’ Category

Passacaille (1969) – Robert Pinget

décembre 11, 2017 Laisser un commentaire

Que nous n’ayons pas encore trouvé une phrase, depuis le temps, pour nous en passer de la nature, une phrase qui retienne tout l’ensemble, on dirait le matin l’estomac plein jusqu’au soir où devant le coucher du soleil on la redirait la bouche pâteuse, plus besoin de sommeil ni de plaisir, phrase nourrissante, apaisante, la panacée, en désherbant le pré, en lavant le Z des autres, alimentaire, potable, éclairante, jusqu’au jour…
Cette phrase.
Pas encore trouvée.
Tu comprends dirait-il, pas encore trouvée.

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Cette voix (1975) – Robert Pinget

décembre 11, 2017 Laisser un commentaire

Pulvériser c’est réduire en poussière.
Légende ce qui doit être lu.
Pied à pied cette rédemption.
Mais alors moi qui vous cause ceusses qui la renient je les comprends.
[…]
Le doux avril ouais.
La malchance ouais.
Le rêve ah bénédiction venez.
Le temps où il surgissait d’une citrouille nous allons voir nous allons dire nous allons ouais refaire des phrases seul moyen de les liquider. Une grande phrase qu’il faudra bien désavouer pour resplendir hors de l’affreux ossuaire.

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Misérable miracle : la mescaline (1956-72) – Henri Michaux

octobre 23, 2016 Laisser un commentaire

Ce fut aussi la fois de la fracture, béante et pour longtemps peut-être béante, ainsi qu’il arrive avec une femme possédée, mais de qui on restait indépendant, lorsqu’un jour par une sorte d’inattention ou d’attendrissement plus grave que l’amour, vous vous abandonnez et elle entre en vous à une vitesse de torrent et pour n’en plus sortir.

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Le Rendez-vous d’un soir d’hiver (1933) – Joë Bousquet

octobre 23, 2016 Laisser un commentaire

C’est alors qu’Annie acheva d’écarter dans mon cœur le fragile tissu de son apparence et qu’elle s’introduisit, me sembla-t-il, en moi vivante, par l’effet d’une opération que ne me dévoilait aucune image. Elle se donnait comme une révélation à la veille d’être totale, et qui passait sur moi dans une annonce de douceur.
[…]
Annie vivait en moi comme si son regard avait chassé le mien. On aurait dit que sa présence m’accablait et ne se révélait qu’à travers l’invisibilité d’un monde où elle était seule à pouvoir m’accueillir.

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L’espace littéraire (1955) – Maurice Blanchot

septembre 17, 2015 Laisser un commentaire

« Qu’on le regarde encore, cet être splendide d’où la beauté rayonne : il est, je le vois, parfaitement semblable à lui-même ; il se ressemble. Le cadavre est sa propre image. Il n’a plus avec ce monde où il apparaît encore que les relations d’une image, possibilité obscure, ombre en tout temps présente derrière la forme vivante et qui maintenant, loin de se séparer de cette forme, la transforme tout entière en ombre. Le cadavre est le reflet se rendant maître de la vie reflétée, l’absorbant, s’identifiant substantiellement à elle et la faisant passer de sa valeur d’usage et de vérité à quelque chose d’incroyable – inusuel et neutre. Et si le cadavre est si ressemblant, c’est qu’il n’est aussi rien de plus. Il est le semblable, semblable à un degré absolu, bouleversant et merveilleux. Mais à quoi ressemble-t-il? A rien. »

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Le médisant par bonté (1945) – Joë Bousquet

septembre 17, 2015 Laisser un commentaire

« Les morts ne sont pas aveugles, ils ont des yeux qui nous suppriment. Ils nous regardent comme si nous n’avions jamais été. […] Alors, je l’ai vu, sur le noir de la glace, les yeux clos dans le capitonnage de satin qui double les cercueils et il avait les deux mains croisées sur la poitrine, comme un homme qui attend d’être jugé. Je n’ai rien dit, je craignais de ne pouvoir parler et, depuis ce jour, je prie pour qu’il ait la paix, puisque les morts ne savent plus imaginer le bonheur. Tout ce qui a fait leur existence est sur eux comme un amour fini. Ils connaissent tout et rien ne les reconnaît. […] Ils nous voient et nous n’avons pas d’yeux pour ce qu’ils sont. »

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Le Mystère de la charité de Jeanne d’Arc (1910) – Charles Péguy

juin 24, 2015 Laisser un commentaire

MADAME GERVAISE

(Un grand silence.)

Un espoir te restait. Tu venais sur tes douze ans. Dans cette grande détresse tu attendais au moins, tu te disais qu’elle finirait bientôt, car tu approchais de la communication du corps de Notre-Seigneur, tu touchais à la communication du corps de Notre-Seigneur, et la communication du corps de Notre-Seigneur guérit tous les maux.

(Un grand silence.)

L’heure est venue, l’heure attendue ; l’heure attendue, l’heure préparée de toute éternité.

L’heure que tu attendais depuis des jours et des jours, l’heure que tu attendais depuis ton baptême, l’heure que tu attendais de toute éternité. Depuis ton éternité.

Le jour est venu, le grand jour, tu as reçu communication du corps de Notre-Seigneur.

À ton tour, après des milliers et des milliers et des centaines de milliers d’autres, après des centaines et des milliers de milliers de chrétiennes ; à ton tour, chrétienne et paroissienne, comme tant et tant de chrétiennes, comme tant et tant de paroissiennes, comme tant de saintes mêmes, à ton tour tu as reçu le corps de Notre-Seigneur-Jésus-Christ, le même corps de Notre-Seigneur-Jésus-Christ.

Après quatorze siècles, à ton tour de recevoir. À ton tour d’approcher.

À ton tour tu reçus pour la première fois le corps de Notre-Seigneur-Jésus-Christ.

Jour attendu. Jour d’un deuil infini, car la communication du corps de Notre-Seigneur guérit tous les maux ; et tu te retrouvas le soir ; et tu étais seule ; et tu avais reçu le même corps, le même que les saints et que les saintes ont reçu ; et la communication du corps de Notre-Seigneur guérit tous les maux ; et Dieu était venu ; et le soir tu te retrouvas seule dans la même situation ; mais elle n’était pas la même, elle était infiniment pire ; tu te retrouvas dans la même souffrance ; elle n’était pas la même, elle était infiniment pire, elle était devenue infinie ; tu te retrouvas dans la même détresse ; la même, la même, hélas ; mais elle n’était pas la même ; elle était devenue infiniment pire, elle était devenue infinie ; elle était devenue autre ; car le plus grand médecin du monde était passé, et il n’y avait rien fait.

La même solitude. Dans la même solitude. Et elle n’était plus la même.

Ce n’était plus avant. C’était après. Au soir de ta journée. Avant c’était une grande détresse. Mais ce n’était qu’une grande détresse qui attendait le remède. Après c’était une grande détresse qui n’attendait plus le remède. C’était une grande détresse où le remède avait passé. En vain. La même détresse : une détresse autre, infiniment autre, infiniment pire ; infiniment éprouvée, infiniment vérifiée ; devenue infinie ; puisque le seul remède du monde était passé dessus ; et qu’il n’y avait rien fait.

De la même, partant de la même, restant la même, devenue autre, infiniment autre. Avant, après.

Car l’heure du soir est infiniment autre que la même heure du matin.

(Brusquement, presque brutalement 🙂

Enfin tu avais manqué ta première communion.

(Un silence.)

(Sombre 🙂

C’est presque pire que si on manquait le jour de son jugement et le jour de sa mort.

JEANNETTE

(Un long silence.)

C’est vrai.

Il est vrai que mon âme est douloureuse à mort ; je suis dans une détresse ; je n’aurais jamais cru que la mort de mon âme fût si douloureuse.

Tous ceux-là que j’aimais sont absents de moi-même.

MADAME GERVAISE

Même Dieu. C’est cela, tous.

JEANNETTE

Tous ceux que j’aimais sont absents de moi.

MADAME GERVAISE

La damnation c’est cela ; c’est cela la perdition même.

JEANNETTE

Tous ceux que j’aime sont absents de moi : c’est ce qui m’a tuée sans remède…

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