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Archive for the ‘Littérature’ Category

Misérable miracle : la mescaline (1956-72) – Henri Michaux

octobre 23, 2016 Laisser un commentaire

Ce fut aussi la fois de la fracture, béante et pour longtemps peut-être béante, ainsi qu’il arrive avec une femme possédée, mais de qui on restait indépendant, lorsqu’un jour par une sorte d’inattention ou d’attendrissement plus grave que l’amour, vous vous abandonnez et elle entre en vous à une vitesse de torrent et pour n’en plus sortir.

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Le Rendez-vous d’un soir d’hiver (1933) – Joë Bousquet

octobre 23, 2016 Laisser un commentaire

C’est alors qu’Annie acheva d’écarter dans mon cœur le fragile tissu de son apparence et qu’elle s’introduisit, me sembla-t-il, en moi vivante, par l’effet d’une opération que ne me dévoilait aucune image. Elle se donnait comme une révélation à la veille d’être totale, et qui passait sur moi dans une annonce de douceur.
[…]
Annie vivait en moi comme si son regard avait chassé le mien. On aurait dit que sa présence m’accablait et ne se révélait qu’à travers l’invisibilité d’un monde où elle était seule à pouvoir m’accueillir.

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L’espace littéraire (1955) – Maurice Blanchot

septembre 17, 2015 Laisser un commentaire

« Qu’on le regarde encore, cet être splendide d’où la beauté rayonne : il est, je le vois, parfaitement semblable à lui-même ; il se ressemble. Le cadavre est sa propre image. Il n’a plus avec ce monde où il apparaît encore que les relations d’une image, possibilité obscure, ombre en tout temps présente derrière la forme vivante et qui maintenant, loin de se séparer de cette forme, la transforme tout entière en ombre. Le cadavre est le reflet se rendant maître de la vie reflétée, l’absorbant, s’identifiant substantiellement à elle et la faisant passer de sa valeur d’usage et de vérité à quelque chose d’incroyable – inusuel et neutre. Et si le cadavre est si ressemblant, c’est qu’il n’est aussi rien de plus. Il est le semblable, semblable à un degré absolu, bouleversant et merveilleux. Mais à quoi ressemble-t-il? A rien. »

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Le médisant par bonté (1945) – Joë Bousquet

septembre 17, 2015 Laisser un commentaire

« Les morts ne sont pas aveugles, ils ont des yeux qui nous suppriment. Ils nous regardent comme si nous n’avions jamais été. […] Alors, je l’ai vu, sur le noir de la glace, les yeux clos dans le capitonnage de satin qui double les cercueils et il avait les deux mains croisées sur la poitrine, comme un homme qui attend d’être jugé. Je n’ai rien dit, je craignais de ne pouvoir parler et, depuis ce jour, je prie pour qu’il ait la paix, puisque les morts ne savent plus imaginer le bonheur. Tout ce qui a fait leur existence est sur eux comme un amour fini. Ils connaissent tout et rien ne les reconnaît. […] Ils nous voient et nous n’avons pas d’yeux pour ce qu’ils sont. »

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Le Mystère de la charité de Jeanne d’Arc (1910) – Charles Péguy

juin 24, 2015 Laisser un commentaire

MADAME GERVAISE

(Un grand silence.)

Un espoir te restait. Tu venais sur tes douze ans. Dans cette grande détresse tu attendais au moins, tu te disais qu’elle finirait bientôt, car tu approchais de la communication du corps de Notre-Seigneur, tu touchais à la communication du corps de Notre-Seigneur, et la communication du corps de Notre-Seigneur guérit tous les maux.

(Un grand silence.)

L’heure est venue, l’heure attendue ; l’heure attendue, l’heure préparée de toute éternité.

L’heure que tu attendais depuis des jours et des jours, l’heure que tu attendais depuis ton baptême, l’heure que tu attendais de toute éternité. Depuis ton éternité.

Le jour est venu, le grand jour, tu as reçu communication du corps de Notre-Seigneur.

À ton tour, après des milliers et des milliers et des centaines de milliers d’autres, après des centaines et des milliers de milliers de chrétiennes ; à ton tour, chrétienne et paroissienne, comme tant et tant de chrétiennes, comme tant et tant de paroissiennes, comme tant de saintes mêmes, à ton tour tu as reçu le corps de Notre-Seigneur-Jésus-Christ, le même corps de Notre-Seigneur-Jésus-Christ.

Après quatorze siècles, à ton tour de recevoir. À ton tour d’approcher.

À ton tour tu reçus pour la première fois le corps de Notre-Seigneur-Jésus-Christ.

Jour attendu. Jour d’un deuil infini, car la communication du corps de Notre-Seigneur guérit tous les maux ; et tu te retrouvas le soir ; et tu étais seule ; et tu avais reçu le même corps, le même que les saints et que les saintes ont reçu ; et la communication du corps de Notre-Seigneur guérit tous les maux ; et Dieu était venu ; et le soir tu te retrouvas seule dans la même situation ; mais elle n’était pas la même, elle était infiniment pire ; tu te retrouvas dans la même souffrance ; elle n’était pas la même, elle était infiniment pire, elle était devenue infinie ; tu te retrouvas dans la même détresse ; la même, la même, hélas ; mais elle n’était pas la même ; elle était devenue infiniment pire, elle était devenue infinie ; elle était devenue autre ; car le plus grand médecin du monde était passé, et il n’y avait rien fait.

La même solitude. Dans la même solitude. Et elle n’était plus la même.

Ce n’était plus avant. C’était après. Au soir de ta journée. Avant c’était une grande détresse. Mais ce n’était qu’une grande détresse qui attendait le remède. Après c’était une grande détresse qui n’attendait plus le remède. C’était une grande détresse où le remède avait passé. En vain. La même détresse : une détresse autre, infiniment autre, infiniment pire ; infiniment éprouvée, infiniment vérifiée ; devenue infinie ; puisque le seul remède du monde était passé dessus ; et qu’il n’y avait rien fait.

De la même, partant de la même, restant la même, devenue autre, infiniment autre. Avant, après.

Car l’heure du soir est infiniment autre que la même heure du matin.

(Brusquement, presque brutalement 🙂

Enfin tu avais manqué ta première communion.

(Un silence.)

(Sombre 🙂

C’est presque pire que si on manquait le jour de son jugement et le jour de sa mort.

JEANNETTE

(Un long silence.)

C’est vrai.

Il est vrai que mon âme est douloureuse à mort ; je suis dans une détresse ; je n’aurais jamais cru que la mort de mon âme fût si douloureuse.

Tous ceux-là que j’aimais sont absents de moi-même.

MADAME GERVAISE

Même Dieu. C’est cela, tous.

JEANNETTE

Tous ceux que j’aimais sont absents de moi.

MADAME GERVAISE

La damnation c’est cela ; c’est cela la perdition même.

JEANNETTE

Tous ceux que j’aime sont absents de moi : c’est ce qui m’a tuée sans remède…

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El Tungsteno (1931) – César Valleo

juin 24, 2015 Laisser un commentaire

Benites puso este recuerdo en medio, exactamente en medio, de todos sus recuerdos, movido de una dialéctica singular e inextricable.  Un sentimiento de algo jamás registrado en su sensibilidad, y que le nacía del fondo mismo de su ser, le anunció de pronto que se hallaba en presencia de Jesús. Tuvo entonces tal cantidad de luz en su pensamiento, que le poseyó la visión entera de cuanto fue, es y será, la conciencia integral del tiempo y del espacio, la imagen plena y una de las cosas, el sentido eterno y esencial de las lindes. Un chispazo de sabiduría le envolvió, dándole servida en una sola plana, la noción sentimental y sensitiva, abstracta y material, nocturna y solar, par e impar, fraccionaria y sintética, de su rol permanente en los destinos de Dios. Y fue entonces que nada pudo hacer, pensar, querer ni sentir por sí mismo ni en sí mismo exclusivamente. Su personalidad, como yo de egoísmo,no pudo sustraerse al corte cordial y solidario de sus flancos. En su ser se había posado una nota orquestal del infinito, a causa del paso de Jesús y su divina oriflama por la antena mayor de su corazón. Después, volvió en sí y, al sentirse apartado del Señor y condenado a errar al acaso, como número disperso, zafado de la armonía universal, por una gris e incierta inmensidad, sin alba ni ocaso, un dolor indescriptible y jamás experimentado le llenó el alma hasta la boca, ahogándole, como si mascase amargos vellones de tinieblas, sin poderlas siquiera ni pasar. Su tormento interior, la funestdesventura de su espíritu, no era a causa del perdido paraíso, sino a causa de la expresión de tristeza infinita que vio o sintió dibujarse en la divina faz del Nazareno, al llegar ante sus pies. ¡Oh, qué mortal tristeza la suya, y cómo no la pudo contener ni el vaso de dos bocas del Enigma! Por aquella gran tristeza, Benites sufría un dolor incurable y sin orillas.  —¡Señor! -murmuró Benites suplicante-. ¡Al menos, que no sea tanta tu tristeza! ¡Al menos, que un poco de ella pase a mi corazón! ¡Al menos, que las piedrecillas vengan a ayudarme a reflejar tu gran tristeza!  El silencio imperó en la extensión trascendental.  —¡Señor! ¡Apaga la lámpara de tu tristeza, que me falta corazón para reflejarla! ¿Qué he hecho de mi sangre? ¿Dónde está mi sangre? ¡Ay, Señor! ¡Tú me la diste y he aquí que yo, sin saber cómo, la dejé coagulada en los abismos de la vida, avaro de ella y pobre de ella! Benites lloró hasta la muerte. —¡Señor! ¡Yo fui el pecador y tu pobre oveja descarriada! ¡Cuando estuvo en mis manos ser el Adán sin tiempo, sin mediodía, sin tarde, sin noche y sin segundo día! ¡Cuando estuvo en mis manos embridar y sujetar los rumores edénicos para toda eternidad y salvar lo Absoluto en lo Cambiante! ¡Cuando estuvo en mis manos realizar mis fronteras homogéneamente, como en los cuerpos simples, garra a garra, pico a pico, guija a guija, manzana a manzana! ¡Cuando estuvo en mis manos desgajar los senderos a lo largo y al través, por diámetros y alturas, a ver si así salía yo al encuentro de la Verdad!…  Empezó a callar el silencio por el lado de la nada.  —¡Señor! ¡Yo fui el delincuente y tu ingrato gusano sin perdón! ¡Cuando hasta pude no haber nacido! ¡Cuando pude, al menos, eternizarme en los capullos y en las vísperas! ¡Felices los capullos, porque ellos son las joyas natas de los paraísos, aunque duerman en sus selladas entrañas, estambres escabrosos! ¡Felices las vísperas, porque ellas no han llegado y no han de llegar jamás a la hora de los días definibles! ¡Yo pude ser solamente el óvulo, la nebulosa, el ritmo latente e inmanente: Dios!… Estalló Benites en un grito de desolación infinita, que luego de apagado, dejó al silencio mudo para siempre.

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Trilce, XIII (1922) – César Vallejo

mars 13, 2015 Laisser un commentaire

Pienso en tu sexo.
Simplificado el corazón, pienso en tu sexo,
ante el hijar maduro del día.
Palpo el botón de dicha, está en sazón.
Y muere un sentimiento antiguo
degenerado en seso.

Pienso en tu sexo, surco más prolífico
y armonioso que el vientre de la Sombra,
aunque la Muerte concibe y pare
de Dios mismo.
Oh Conciencia,
pienso, sí, en el bruto libre
que goza donde quiere, donde puede.

Oh, escándalo de miel de los crepúsculos.
Oh estruendo mudo.

Odumodneurtse!

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