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Acheminement vers un cinéma hors-les-normes # 2

2016-09-16_17h01_48

Avec Florian Maricourt

16 octobre 2016, Festival des cinémas expérimentaux et différents de Paris / Les voûtes

Micon fait du cinéma, Michel Constantial alias Micon, 1969, 24′, Cine amater, José Ernesto Diaz Noriega, 1965, 3′, En l’an 2000 c’est la fête, Michel Constantial alias Micon, 1997, 4′, A mouche que veux-tu ?, René Chaumelle & Jean-Jacques Andreau, 1959, 30′

Ce deuxième programme de « cinéma hors-les-normes » est une introduction à l’œuvre de trois cinéastes amateurs (René Chaumelle, Michel Constantial et José Noriega), vraies vedettes des ciné-clubs, qui ont fabriqué des films drôles et absurdes, parodiant les codes des professionnels, poussant l’expérience du cinéma-maison au plus haut degré de bricolage, jusqu’à l’invention toute pataphysique d’une machine à piéger les mouches.

« Il y a les mouches usuelles, qui se promènent sur le visage des bureaucrates, des banquiers, des gens qui courent dans les villes. Celles-là ont le ventre couleur sauce mayonnaise, c’est très désagréable. Le divin Dali n’aime que les mouches proprissimes, habillées en Balenciaga avec des costumes très bien taillés, qui vivent surtout dans les hauteurs de Portlligat, dans des oliviers. »

Salvador Dalí

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Fils illégitime de Georges Méliès et de Luc Moullet, Michel Constantial alias Micon fut un personnage atypique dans le milieu du cinéma d’amateur. Donnant dans le pastiche comme dans le film historique, il réalisa des méta-films « tournés comme en 1900 » (Micon fait du cinéma) aussi bien que des clips musicaux cosmico-futuristes avec forces incrustations et effets spéciaux (En l’An 2000 c’est la fête).

Commençant par tourner en 9,5 mm à la fin des années 1960, il passa rapidement au 16, et se réjouit ensuite du passage à la vidéo ; il explora alors les possibilités de montage offertes par l’ordinateur, créa son site et mit en ligne l’ensemble de son œuvre. Son imaginaire débridé était truffé de références et de citations approximatives. Son style, tour à tour kitsch, érudit ou excentrique n’appartenait qu’à lui. Micon mélangea le collage brut, le détournement par l’absurde et l’imagerie populaire avec un goût pour la vulgarisation scientifique et la reconstitution historique. S’intéressant à des domaines très variés, il adapta en dessin animé un sonnet de Shakespeare, tourna un documentaire sur le scientifique Louis Figuier ou mit en musique un texte de Charles d’Orléans. Chez lui, on passait naturellement des slogans politiques de Mai 68 à une reconstitution de la mort de Judas.

Micon faisait des « films souriants », comme il le dit, naïfs et burlesques. Science-fiction, récit d’aventure, clip musical, documentaire scientifique, aucun domaine ne semble avoir échappé à son extravagance. Il reprit les codes des professionnels avec un sérieux qui ne confina jamais au ridicule. On le découvrit avec un égal plaisir parodier le cinéma de genre, grimé en Ponce Pilate ou en astronaute lancé vers une planète inconnue. On apprécia encore, dans ses films plus récents, son savoir encyclopédique, ses envolées lyriques, ses ballades lubriques, son jeu de guitare acoustique. Sans rire : l’œuvre de Micon n’a pas fini d’être redécouverte.

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José Ernesto Diaz Noriega fut l’un des cinéastes amateurs les plus célèbres en Espagne. Ses films se divisèrent entre les portraits ironiques du milieu cinématographique amateur (Cine amater, El jurado, El festival, tous réalisés dans les années 1960), les expérimentations ludiques (Sever odnum) et les satires politiques (Banderas victoriosas en 1939 et Nosferatu en 1977). Dans les films du premier genre, il se mit souvent en scène dans un esprit fantaisiste, avec un sens du bricolage qui ne fut pas sans rappeler les mages du cinéma des premiers temps.

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Si l’on ouvre un catalogue raisonné des trouvailles pataphysiques, si l’on cherche bien, parmi tous les objets que l’on a pas encore inventés, quelque part entre les machines loufoques de Charley Bowers et les objets introuvables de Jacques Carelman, il se peut que l’on trouve les instruments qui ont servi à torturer les pauvres bêtes d’À mouche que veux tu ? le film de René Chaumelle qui a raflé les plus grand prix amateurs de l’époque.

« À cette époque, ma femme était devenue experte dans la chasse aux mouches, reconnaissait Chaumelle. On les repérait habituellement sur les fenêtres. On les prenait sous le rideau, avec un tampon de ouate imbibé d’éther. On le leur mettait sous le nez et elles s’endormaient. Je les mettais alors sous une petite cloche, en les piquant avec une épingle pour les enfiler… En effet, si elles n’étaient pas endormies lorsqu’on les tuaient, les pattes se repliaient et c’était impossible de les leur remettre après. À ce moment-là, je mettais un tampon dessous avec du cyanure de mercure qui se dissipait dans l’atmosphère de la coupelle. Une fois mortes, on passait les pattes et les ailes au vernis à ongles avec un pinceau. Ainsi elles étaient très solides et on pouvait les manipuler. »

En 1959, lassé des réalisations gentilles et mignonnes des cinéastes amateurs, René Chaumelle dit « avoir eu envie de faire un film un peu fracassant, un genre de canular ». Porté par son imagination débordante, il collecta alors des mouches pour fabriquer chez lui ce film absurde, histoire jubilatoire du délire de persécution d’un alcoolique et sa vengeance contre le bataillon d’insectes et le coucou de pendule qui lui mènent la vie dure… Pour Chaumelle, médecin de campagne la semaine, mais assassin de mouches à ses heures perdues, la caméra fut le moyen de documenter une véritable « vie en cinéma ». En près de cinquante années et une centaine de films, il confectionna en cinéaste-du-dimanche une œuvre poétique à la croisée du film de famille et du cinéma burlesque. Il disparut hélas sans avoir le temps de monter une grande partie de son œuvre.

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