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La chouette aveugle (1937) – Sadegh Hedayat

Lorsque, couché dans mon lit moite et puant la sueur, mes paupières s’alourdissaient et que je m’apprêtais à m’abandonner au non-être et à la nuit éternelle, tous mes souvenirs effacés, toutes mes terreurs oubliées ressuscitaient; peur de voir les plumes de mon oreiller se transformer en lames de poignards, les boutons de ma veste devenir aussi grands que des meules; de voir mon pain se briser comme du verre s’il tombait à terre; peur que, si je m’endormais, l’huile de la lampe ne se répandît sur le sol, incendiant la ville; appréhension d’entendre les pieds du chien résonner, devant la boutique du boucher, comme les sabots d’un cheval, terreur d’entendre le vieux brocanteur éclater de rire devant son étalage et rire à ne plus pouvoir s’arrêter. Peur de voir mes mains se pétrifier; peur de voir mon lit se changer en pierre tombale, pivoter sur ses charnières, m’enterrer et verrouiller ses dents en marbre, terreur panique à l’idée qu’il étoufferait ma voix : j’aurais beau crier personne ne viendrait à mon secours…

Je brûlais d’évoquer le souvenir de mon enfance, mais lorsqu’il venait à moi et que je sentais sa présence, tout était aussi dur et aussi douloureux qu’à cette époque lointaine.

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