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Ça cinéma n° 20 : L’image, la mort, la mémoire, dialogues imaginaires (1980) – Raoul Ruiz

… On disait que les figures doivent être considérées trois par trois, sans pour autant prétendre que telles trois figures doivent être disposées les unes à côté des autres, mais au contraire, il se présente plusieurs fois le cas de trois figures très éloignées les unes des autres. Ces trois figures, en fait, ne sont que deux, liées par une troisième comme dans le cas de L’Adoration des rois mages du nouveau Thimante dans lequel on peut voir les deux enfants-dieux séparés par la main d’une seule vierge qui tourne la paume vers l’un d’eux et par cette attitude le signale comme le véritable enfant-dieu, malgré l’attitude de recueillement des rois mages devant le faux enfant-dieu.  Dans un tel tableau, on pourrait se tromper en prétendant que ce qui nous le fait comprendre, ce sont les dispositions, ce qui nous fait l’admirer ce sont les qualités. Au lieu d’un tel procédé, nous devrons faire attention et  considérer la main de la vierge comme une figure en elle-même, qui a la même valeur que chacun des enfants-dieux ; et cela doit être ainsi (comme il a été dit plus haut) puisque bien qu’on ne puisse appeler « figure » que la figure humaine, il n’en est pas moins vrai qu’une chose ou une partie d’une figure peut être considérée comme figure dès qu’elle rappelle la figure humaine : les nuages, les arbres dont l’écorce montre d’innombrables figures adhérant à elle comme s’ils en faisaient partie et on a même vu chacune de ces figures être composée d’autres petits corps adhérant à elles. Et on a vu des tableaux dans lesquels la figure humaine devient rien et étant montrée partout ne pas être vue ni considérée avec attention. J’insiste qu’un tel procédé n’étant pas approprié appauvrit l’oeuvre et minimise son auteur. Et dans le tableau du nouveau Thimante il n’y a pas ces exagérations mais allusion pertinente, puisqu’en nous montrant la main de la vierge avec trois doigts repliés et les deux autres qui miment l’attitude des jambes d’un petit homme, nous révèle indirectement qui est le vrai dieu mais ne critique pas en ne méprise pas le faux. Et ceci parce que la paume de la vierge protège le vrai dieu, le montre comme quelqu’un de plus petit et c’est donc cette main qui unit et sépare les deux enfants-dieux en nous montrant un cas dans lequel deux figures distinctes se rencontrent à travers une troisième, laquelle révèle ce qu’elles ont de commun et de différent.

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