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Fable (1971) – Robert Pinget

On retrouverait Miaille après la fuite du romanichel, renouant un à un les fils de la toile, réapprenant la formule, cette demeure qui est la notre, mais n’occupant plus que le grenier. Par une sublimation inattendue la maison n’aurait plus ses fondations dans la sol de la cour mais un étage au-dessus, aérienne, flottante, le galetas devenu rez-de-chaussée. Et les promeneurs passant sous elle lèveraient le nez croyant à un nuage de pluie, à un brouillard, à quelque phénomène vernaculaire, on en parlerait dans notre feuille locale mais seule notre poétesse aurait percé l’énigme, familière des lévitations. Hoquetante, griffonante, chevrotante, bavotante, ne quittant plus son salon philippotard elle serait devenue l’instrument d’une muse tyrannique, n’aurait plus que la peau sur les eaux mais son poème d’idylle fuligineuse se ferait dur comme roc.
Nous avons vu la sibylle en chaussettes, lui avons demandé le temps pour demain.
Nous avons vu la sibylle en mitaines, lui avons demandé le nom secret de Dieu.
Nous avons vu la sibylle au tricot, lui avons demandé quoi faire de nos carcasses.
Elle répond inlassable ce présent à dissoudre itou, chaussez vos sandales et ceinturez-vous les reins.

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