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Archive for avril 2014

Le roi du sel (1949) – Joë Bousquet

avril 21, 2014 Laisser un commentaire

Il contemple les épreuves au grand jour, les villageois les examinèrent par-dessus son épaule : ils n’y voyaient ni leurs champs, ni leurs vignes, ni le ciel, mais leur superficie comme un envers désolé. Il s’étonna lui-même que cette terre illuminée n’eût livré qu’une étendue vide et amère au coup de faux de l’obturateur.
Il espérait se racheter par l’exactitude des portraits qu’avec quelques moues on lui avait demandés. Mais, à ce coup, il n’eut pas loisir de se refuser des éloges, tellement il dut mettre de hâte à emballer son matériel que quelqu’un avait proposé de jeter dans la mer. La lumière n’éclaire pas ce pays, comme si elle y devenait aveugle elle le cherche. Photographiée, elle déshabillait l’espace, momifiait les traits de ceux qui s’étaient immobilisés devant l’objectif.
Généreuse, ma vieille nourrice, avait cédé aux sollicitations du charlatan. Il l’avait assise en habits de fête devant un mur qui recevait le reflet de la mer et élargissait jusqu’aux bords du cliché la blancheur du bonnet qu’elle avait serré sur sa chevelure. Ainsi se vit-elle emmurée jusqu’aux tempes dans l’aveuglant crépi et, ne regardant que ses rides, ne se reconnut pas et piétina le carré de bristol en se couvrant la face : « Vise ce que tu viens de faire, bougre d’empaillé ! cria-t-elle à l’ambulant. On dirait qu’il m’a fallu labourer la pierre pour avoir une figure, et ceux qui trouveront ce papier croiront que je ne sais plus où j’ai les yeux. »
Le roi du sel passait. Il regarda prudemment la photo, fit courir l’œil sur les vignes et les haies qui, de part et d’autre de la route, buvaient le soleil de midi, puis s’adressant à celles qui avaient posé :
« Vous ressemblez, sur ces papiers, leur dit-il, à des poissons tirés de l’eau. Je sais pourquoi :
« On vous reconnaît, mais on ne reconnaît pas le jour. Je vois bien la lumière, mais on dirait qu’elle ne vous voit pas. La boîte de ce couillon ne photographie pas les ombres. »

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La chambre claire (1980) – Roland Barthes

avril 21, 2014 Laisser un commentaire

L’air (j’appelle ainsi, faute de mieux, l’expression de vérité) est comme le supplément intraitable de l’identité, cela qui est donné gracieusement, dépouillé de toute « importance » : l’air exprime le sujet, en tant qu’il ne se donne pas d’importance. Sur cette photo de vérité, l’être que j’aime, que j’ai aimé, n’est pas séparé de lui-même : enfin il coïncide. Et, mystère, cette coïncidence est comme une métamorphose. Toutes les photos de ma mère que je passais en revue étaient un peu comme des masques ; à la dernière, brusquement, le masque disparaissait : il restait une âme, sans âge mais non hors du temps, puisque cet air, c’était celui que je voyais, consubstantiel à son visage, chaque jour de sa longue vie.

Peut-être l’air est-il en définitive quelque chose de moral, amenant mystérieusement au visage le reflet d’une valeur de vie? Avedon a photographié le leader du Labor américain, Philip Randolph (il vient de mourir au moment où j’écris ces lignes) ; sur la photo je lis un air de « bonté » (aucune pulsion de pouvoir : c’est sûr). L’air est ainsi l’ombre lumineuse qui accompagne le corps ; et si la photo n’arrive pas à montrer cet air, alors le corps va sans ombre, et cette ombre une fois coupée, comme dans le mythe de la Femme sans Ombre, il ne reste plus qu’un corps stérile. C’est par cet ombilic ténu que le photographe donne vie ; s’il ne sait pas donner à l’âme transparente son ombre claire, le sujet meurt à jamais.

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Dr. No (1962) – Terence Young

avril 21, 2014 Laisser un commentaire

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From Russia With Love (1963) – Terence Young

avril 21, 2014 Laisser un commentaire

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