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Archive for janvier 2014

Théorie de la religion (1948) – Georges Bataille

janvier 18, 2014 Laisser un commentaire

Rien, à vrai dire, ne nous est plus fermé que cette vie animale dont nous sommes issus. Rien n’est plus étranger à notre manière de penser que la terre au sein de l’univers silencieux et n’ayant ni le sens que l’homme donne aux choses, ni le non-sens des choses où nous voudrions les imaginer sans une conscience qui les réfléchisse. […] A nous représenter l’univers sans l’homme, l’univers où le regard de l’animal serait seul à s’ouvrir devant les choses, l’animal n’étant ni une chose, ni un homme, nous ne pouvons que susciter une vision où nous ne voyons rien, puisque l’objet de cette vision est un glissement allant des choses qui n’ont pas de sens si elles sont seules, au monde plein de sens impliqué par l’homme donnant à chaque chose le sien. C’est pourquoi nous ne pouvons décrire un tel objet d’une manière précise. Ou plutôt, la manière correcte d’en parler ne peut être ouvertement que poétique, en ce que la poésie ne décrit rien qui ne glisse à l’inconnaissable.

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Gravitations : Mouvement (1925) – Jules Supervielle

janvier 18, 2014 Laisser un commentaire

Ce cheval qui tourna la tête
Vit ce que nul n’a jamais vu
Puis il continua de paître
A l’ombre des eucalyptus.

Ce n’était ni homme ni arbre
Ce n’était pas une jument
Ni même un souvenir de vent
Qui s’exerçait sur du feuillage.

C’était ce qu’un autre cheval,
Vingt mille siècles avant lui,
Ayant soudain tourné la tête
Aperçut à cette heure-ci.

Et ce que nul ne reverra,
Homme, cheval, poisson, insecte,
Jusqu’à ce que le sol ne soit
Que le reste d’une statue
Sans bras, sans jambes et sans tête.

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L’hypothèse du tableau volé (1978) – Raúl Ruiz

janvier 9, 2014 Laisser un commentaire

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Tableau avec chutes (1997) – Claudio Pazienza

janvier 9, 2014 Laisser un commentaire

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Letters to Tom McGreevy, 8 and 16 September 1934 – Samuel Beckett

janvier 4, 2014 Laisser un commentaire

What a relief the Mont Ste. Victoire after all the anthropomorphised landscape – van Goyen, Avercamp, the Ruysdaels, Hobbema, even Claude [Lorrain], Wilson & [John?] Crome Yellow Esq., or paranthropomorphised by Watteau so that the Débarquement seems an illustration of « poursuivre ta pente pourvu qu’elle soit en montant », or hyperanthropomorphized by Rubens – Tellus in record travail, or castrated by Corot; after all the landscape « promoted » to the emotions of the hiker, postulated as concerned with the hiker (what an impertinence, worse than Aesop & the animals), alive the way a lap or a fist (Rosa) is alive. Cézanne seems to have been the first to see landscape & state it as material of a strictly peculiar order, incommensurable with all human expressions whatsoever. Atomistic landscape with no velleities of vitalism, landscape with personality a la rigueur, but personality in its own terms, not in Pelman’s, landscapality.

Ruysdael’s Entrance to the Forest – there is no entrance anymore nor any commerce with the forest, its dimensions are its secret & it has no communications to make. Cézanne leaves landscape maison d’aliénés & a better undertanding of the term « natural » for idiot.

… How far Cézanne had moved from the snapshot puerilities of Manet & Cie when he could understand the dynamic intrusion to be himself & so landscape to be something by definition unapproachably alien, unintelligible arrangement of atoms, not so much as ruffled by the kind attentions of the Reliability Joneses.

– – – –

I do not see any possibility of relationship, friendly or unfriendly, with the unintelligible, and what I feel in Cézanne is precisely the absence of a rapport that was all right for Rosa or Ruysdael for whom the animising mode was valid, but would have been false for him, because he had the sense of his incommensurability not only with life of such a different order as landscape but even with life of his own order, even with the life – one feels looking at the self-portrait in the Tate, not the Cézanne chauve but with the big hat – operative in himself.

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Sens et non-sens : Le doute de Cézanne (1945) – Maurice Merleau-Ponty

janvier 4, 2014 Laisser un commentaire

La peinture de Cézanne met en suspens ces habitudes et révèle le fond de nature inhumaine sur lequel l’homme s’installe. C’est pourquoi ses personnages sont étranges et comme vus par un être d’une autre espèce. La nature elle-même semble dépouillée des attributs qui la préparent pour des communions animistes : le paysage est sans vent, l’eau du lac d’Annecy est sans mouvement, les objets gelés hésitants comme à l’origine de la terre. C’est un monde sans familiarité où l’on n’est pas bien, qui interdit toute effusion humaine. Si l’on va voir d’autres peintres en quittant les tableaux de Cézanne, une détente se produit, comme après un deuil les conversations renouées masquent cette nouveauté absolue et rendent leur solidité aux vivants. Mais seul un homme justement est capable de cette vision qui va jusqu’aux racines, en deçà de l’humanité constituée. Tout montre que les animaux ne savent pas regarder, s’enfoncer dans les choses sans en rien attendre que la vérité.

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