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Petite anatomie de l’image : L’anatomie de l’amour (1957) – Hans Bellmer

Comment veux-tu que je t’appelle quand l’intérieur de ta bouche cesse de ressembler à une parole, quand tes seins sont à genoux derrière tes doigts et quand tes pieds s’ouvrent ou cachent l’aisselle, ta belle figure en feu…

Ton costume devrait donc faire coïncider avec tes seins l’image de tes fesses, imprimée sur le tissu en trois couleurs. Les jambes s’écarteront ainsi à droite et à gauche le long des manches rembourrées, et les bas blancs, longs gants rayés de rose, encourageront tes doigts à être deux fois la bottine, dont le talon serait le corset du pouce, et dont la pointe rouge serait l’index.

Les épaules ont le contour de tes hanches : sur le dos du costume figure, renversé, ton devant nu, de façon que monte naturellement entre tes fesses la verticale, qui dans l’image sépare les seins.

Le pied droit se répète plusieurs fois dans ta chevelure, mais en dimensions arbitraires, parce que ta chevelure noire, couleur goudron aux reflets de vaseline, est coiffée en torsades irrégulières ressemblant chacune à ton pied droit et se ressoudant en profondeur dans ta chevelure, à certains endroits où se cache un regard.

Pas plus petites qu’un grand œil, tes oreilles sont les mains de l’enfant qui occupe ta tête, bercée de tes mains dont l’enfant n’est pas plus grand que toi qui m’aimes…

[…]

Il est certain qu’on ne se demandait pas assez sérieusement, jusqu’à présent, dans quelle mesure l’image de la femme désirée serait prédestinée par l’image de l’homme qui désire, donc en dernier lieu par une série de projections du phallus, qui iraient progressivement du détail de la femme vers son ensemble, de façon que le doigt de la femme, la main, le bras, la jambe soient le sexe de l’homme, – que le sexe de l’homme soit la jambe gantée du bas collant, d’où sort gonflée la cuisse – qu’il soit le couple des fesses ovoïdes qui donnent l’élan à l’épine dorsale, légèrement recourbée – qu’il soit le sein double attaché au cou tendu ou librement suspendu au tronc – qu’il soit enfin la femme entière, assise, le dos creux, avec ou sans chapeau, debout…

Ceci posé, tout nous engage à penser que le sexe de la femme puisse, lui aussi, déterminer son image entière, que le vagin soit entre son propre pouce et son index, entre ses mains, entre ses pieds joints, entre les plis de son bras, de son aisselle, qu’il soit son oreille, son sourire, sa larme à l’œil fermé.

Mais pour que l’image de la femme obéisse ainsi à la formule vagin, il faut bien, répétons-le, que le vagin ait été d’abord simulé par l’organisme de l’homme, qu’il ait envahi son schéma corporel, son imagination musculaire.

[…]

L’essentiel à retenir du monstrueux dictionnaire des analogies-antagonismes qu’est le dictionnaire de l’image, c’est que tel détail, telle jambe, n’est perceptible, accessible à la mémoire et disponible, bref, n’est RÉEL, que si le désir ne le prend pas fatalement pour une jambe. L’objet identique à lui-même reste sans réalité.

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