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Les gommes (1953) – Alain Robbe-Grillet

En temps ordinaire, ce paysage paraît de profondeur très modeste et plutôt dépourvu d’attrait, mais ce matin le ciel gris-jaune des jours de neige lui confère des dimensions inhabituelles. Certains contours s’accusent, d’autres s’estompent ; ça et là des espaces se creusent, des masses insoupçonnées surgissent ; l’ensemble s’organise en une série de plans découpés, où le relief, soudain mis en lumière, semble du même coup perdre son naturel – et peut-être sa réalité – comme si cette netteté trop grande n’était possible qu’en peinture. Les distances en sont tellement affectées qu’elles en deviennent à peu près méconnaissables, sans que l’on puisse dire exactement dans quel sens elles se sont transformées : étirées, ou bien réduites – ou les deux à la fois – à moins qu’elles n’aient acquis une qualité nouvelle ne relevant plus de la géométrie… Ainsi parfois en advient-il de cités perdues, pétrifiées pour des siècles par quelque cataclysme – ou seulement pour quelques secondes avant l’écroulement, un clignement comme d’hésitation entre la vie et ce qui déjà porte un autre nom : après, avant, l’éternité.

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