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Archive for juillet 2013

Traduit du silence (1941) – Joë Bousquet

juillet 30, 2013 Laisser un commentaire

Combien d’années en enfance dans l’accent désespéré dont se revêt le souvenir! Le manque d’opium me rend la mollesse des cœurs adolescents sans la fantaisie qui la fait inoffensive. Ce matin, pour avoir regardé un peu longuement deux photographies, je revoyais la ville anglaise où se sont écoulés mes seize ans. Il y avait un aspect de la ville que l’on découvrait comme par surprise, au retour du bain, vers midi. C’était, entre la plage et les premières maisons, comme une avenue se formant dans la clarté de l’air, un élargissement dont les yeux prenaient conscience, ou, plutôt, comme la présence sensible du large dans la ville où il allait s’absorber ; c’était, étroitement mêlés sur le trottoir que nous gravissions, le soleil de l’espace et le soleil des murs. Je revois la petite maison que j’habitais entre les terrains vagues et les routes. Tout est aussi clair que dans l’année où j’y vins, mais triste aussi comme si j’y revenais. S’il n’y avait pas eu d’autres vies pour la maintenir, qu’il n’y eût là que mon souvenir pour la garder, elle serait en ruine aujourd’hui ; je ne pourrais même pas atteindre sa porte vert sombre et, depuis longtemps, le temps aurait brisé sa vitre où je lisais son nom « Rhodesia ».

[…] L’atmosphère d’une ville est déjà l’amour que l’on aura pour elle, un sentiment d’exilé ; et celui qui tire son sentiment de lui-même le sent précipiter dans l’oubli certaines jouissances matérielles qui, désormais, n’auront pour lui de sens que dans la mesure où elles peignent les joies de l’esprit.

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Hôtel Notre-Dame (1917) – Blaise Cendrars

juillet 30, 2013 Laisser un commentaire

Je suis revenu au Quartier
Comme au temps de ma jeunesse
Je crois que c’est peine perdue
Car rien en moi ne revit plus
De mes rêves de mes désespoirs
De ce que j’ai fait à dix-huit ans

On démolit des pâtés de maisons
On a changé le nom des rues
Saint-Séverin est mis à nu
La place Maubert est plus grande
Et la rue Saint-Jacques s’élargit
Je trouve cela beaucoup plus beau
Neuf et plus antique à la fois

C’est ainsi que m’étant fait sauter
La barbe et les cheveux tout court
Je porte un visage d’aujourd’hui
Et le crâne de mon grand-père

C’est pourquoi je ne regrette rien
Et j’appelle les démolisseurs
Foutez mon enfance par terre
Ma famille et mes habitudes
Mettez une gare à la place
Ou laissez un terrain vague
Qui dégage mon origine

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Northwest Passage (1940) – King Vidor

juillet 27, 2013 Laisser un commentaire

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Non, ou a vã glória de mandar (1990) – Manoel de Oliveira

juillet 27, 2013 Laisser un commentaire

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Les derniers jours (1936) – Raymond Queneau

juillet 22, 2013 Laisser un commentaire

Il se mit à visiter Paris. Il essaya des musées, mais il préférait les rues. Il préparait avec soin de longs itinéraires qu’il suivait scrupuleusement. Il allait en long, en large, en rond, en zigzag. Tel jour, il traversait la ville du nord au sud, tel autre il la transperçait de l’est à l’ouest. Il cheminait le long des ceintures successives de boulevards. […] Chaque rue nouvelle qu’il suivait lui était toujours un sujet d’exaltation. Puis il s’inquiéta de l’aspect changeant des villes et du devenir de leur configuration.

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L’hérésiarque et compagnie : Le guide (1910) – Guillaume Apollinaire

juillet 22, 2013 Laisser un commentaire

— Endoctriné dans tous les arts, j’y excelle: mais, toutes les carrières artistiques sont encombrées. Désespérant de me faire un nom comme peintre, je brûlai tous mes tableaux. Renonçant aux lauriers poétiques, je déchirai cent cinquante mille vers environ. Ayant ainsi institué ma liberté dans l’esthétique, j’inventai un nouvel art, fondé sur le péripatétisme d’Aristote. Je nommai cet art: l’amphionie, en souvenir du pouvoir étrange que possédait Amphion sur les moellons et les divers matériaux en quoi consistent les villes.

Au reste, ceux qui feront de l’amphionie seront appelés des amphions.

Comme à un nouvel art il fallait une nouvelle Muse et que, d’autre part, j’étais moi-même le créateur de cet art et par conséquent sa muse, j’adjoignis tout simplement à la troupe des Neuf Sœurs ma personnification féminine, sous le nom de baronne d’Ormesan. Je dois ajouter que je suis célibataire et que j’eus d’autant moins de scrupules à porter à dix le nombre des Muses, que j’étais en cela d’accord avec les lois de mon pays, relatives au système décimal.

Maintenant que voici clairement exposées, je crois, les origines historiques et les données mythologiques de l’amphionie, je veux vous l’expliquer.

L’instrument de cet art et sa matière sont une ville dont il s’agit de parcourir une partie, de façon à exciter dans l’âme de l’amphion ou du dilettante des sentiments ressortissant au beau et au sublime, comme le font la musique, la poésie, etc.

Pour conserver les morceaux composés par l’amphion, et pour que l’on puisse les exécuter de nouveau, il les note sur un plan de la ville, par un trait indiquant très exactement le chemin à suivre. Ces morceaux, ces poèmes, ces symphonies amphioniques se nomment des antiopées, à cause d’Antiope, la mère d’Amphion.

[…]

—Mais, dis-je en riant, je fais de l’amphionie tous les jours. Il ne s’agit que de promenade…

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La moindre des choses (1996) – Nicolas Philibert

juillet 8, 2013 Laisser un commentaire

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