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Archive for décembre 2012

Le paradis perdu (1929) – Pierre Jean Jouve

décembre 29, 2012 Laisser un commentaire

La voix du Seigneur.
– Que l’on n’imagine pas une voix du tout, car ce n’est pas une substance de sonorités sensibles à l’ouïe du ciel. Le Ciel croit recevoir tranquillement majestueusement pour toujours les décharges de toute la quantité incommensurable et toute la quantité infinitésimale de l’Univers debout et en tout; entendre le chant de présence des réalités réunies, celles qui sont, celles qui ne sont pas; trembler jusqu’à la perte du sens sous la force magnétique reçue; voir sans cesse et en même temps toute chose et la pensée que pense toute chose tombées en accord, et de même; le vrai se manifester, étendre la main, toucher; on croit sentir la justice, tout est identique et tout est limpide, les rayons avec les rayons, les vies avec les vies, les âmes avec l’âme. Mais c’est terrible, anéantissant, cela ne peut être supporté, cela ne peut être entendu, cela ne peut être vécu, cela ne peut être senti, cela ne peut pas être aimé. Et c’est un langage, c’est bien un langage, le monde terrifié pourrait-il se séparer du Langage?

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Le ressassement éternel : Le dernier mot (1935) – Maurice Blanchot

décembre 29, 2012 Laisser un commentaire

Je pris dans ma poche la photographie d’enfant que m’avait donnée une femme de rencontre et la plaçai sur le mur au niveau des yeux. Immédiatement, l’image éclata ; elle me brûla le regard, arracha un pan de muraille. Mais ce trou, ouvert à nouveau sur le vide, ne me découvrit rien : il me fermait plutôt la vue et plus je sentais l’horizon libre, plus cette liberté devenait une puissance de ne rien voir à laquelle cédait le vide lui-même. Nul œil ne pouvait renaître d’un pareil échange, aussi frivole qu’un battement d’ailes de papillon. Je devins de pierre. J’étais le monument et le marteau qui le brise, je m’écroulai sur le sol. J’étais encore étendu quand je reçus la visite du propriétaire de la tour.
[…]
Et alors, qu’arriva-t-il? A mon tour, je l’aimai et, en l’aimant, je le mis au défi. Je me prosternai, je me perdis devant lui comme devant un souverain et, en le prenant pour maître, je l’enchaînai à sa souveraineté. Et nous fûmes liés de telle sorte qu’il se vit obligé, pour redevenir lui-même, de me dire : « Je te berne, car je ne suis qu’une bête », mais, sur cet aveu, je redoublai d’adoration et, à la fin, il n’y eut plus l’un près de l’autre qu’un triste animal gardé par un serviteur qui en écartait les mouches. Un rayon de soleil, dressé comme une pierre, les enfermait tous deux dans une illusion d’éternité. Ils jouissaient béatement du repos.

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Lejos de los arboles (1972) – Jacinto Esteva

décembre 28, 2012 Laisser un commentaire

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Misiones pedagogicas: Fiestas cristianas y fiestas profanas (1935) – José Val del Omar

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Premier amour (1945) – Samuel Beckett

décembre 13, 2012 Laisser un commentaire

Je voyais un peu mieux sa figure. Je la trouvais normale, sa figure, une figure comme il y en a des millions. Elle louchait, mais cela je ne le sus que plus tard. Elle ne semblait ni jeune ni vieille, sa figure, elle était comme suspendue entre la fraîcheur et le flétrissement. Je supportais mal, à cette époque, ce genre d’ambiguïté. Quant à savoir si elle était belle, sa figure, ou si elle avait été belle, ou si elle avait des chances de devenir belle, j’avoue que j’en étais incapable. J’ai vu des figures sur des photos que j’aurais peut-être pu appeler belles, si j’avais eu quelques données sur la beauté. Et la figure de mon père, sur son lit de mort, m’avait fait entrevoir la possibilité d’une esthétique de l’humain. Mais les figures des vivants, toujours en train de grimacer, avec le sang à fleur de peau, est-ce des objets? J’admirais, malgré l’obscurité, malgré mon trouble, la façon qu’a l’eau immobile, ou qui coule lentement, de se soulever vers celle qui tombe, comme assoiffée.

[…]

Il faut croire que j’étais hors de moi à cette époque. Je ne me sentais pas bien à côté d’elle, sauf que je me sentais libre de penser à autre chose qu’à elle, et c’était déjà énorme, aux vieilles choses éprouvées, l’une après l’autre, et ainsi de proche en proche à rien, comme par des marches descendant vers une eau profonde. Et je savais qu’en la quittant je perdrais cette liberté.

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Traduit du silence (1941) – Joë Bousquet

décembre 13, 2012 Laisser un commentaire

Je viens à peine de le comprendre. Quand j’avais vingt ans j’ai connu une femme intelligente et belle. Un jour j’ai su que mon amour ne me défendait plus ni contre son esprit, ni contre sa beauté. Je renonçais à l’espoir de lui faire partager mes sentiments. Jamais je ne m’étais senti aussi seul. Je pouvais lui dire: « Tu es si belle et si vraie que mon amour désormais ne peut plus me défendre de toi. » Mais pourquoi lui fournir des raisons nouvelles de se sentir étrangère à moi?? Quoi que l’on se décide à dire, le silence exprime davantage. Il est la plus belle occasion pour les yeux, pour tout le visage de parler seuls; et ces choses que je pensais, elles sont à la limite de ce que l’on peut dire; elles ne sont peut-être que l’envers de ce que nous sommes; et c’est accomplir un effort inutile que de les mettre en paroles: leur forme la plus naturelle d’existence, c’est la forme de l’être…
De l’autre côté de mon amour il y a quelque chose d’implacable dont sa beauté est un reflet. Depuis que je l’aime, je me sens heureux, mais, en même temps, je me sens perdu.

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Sauvage innocence (2001) – Philippe Garrel

décembre 13, 2012 Laisser un commentaire

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