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L’homme approximatif (1931) – Tristan Tzara

 

je me souviens d’une sereine jeunesse qui ramassait à son étalage
les soupirs luisants de l’éclatement épars
sans bruit mais bourrés de flammes
comme je les aime quand ils ressuscitent métalliques des larmes
tu le sais – neigeuse adolescence – te souviens-tu
des dangers virevoltants dans l’embrun noir de larmes
parmi les bouées des seins coupés
nous voulions boire tout le sang des rochers purulents de soleil
qu’essayaient de happer les vagues aux gueules brûlantes
la mer amenait des cicatrices encore voluptueusement chaudes
à chaque gémissement elle vidait son sac de crécelles
de tant de douleur
ne sachant plus quoi faire te souviens-tu du bruit qui nous enlaçait
de notre étreinte qui faisait pâlir les mauvais augures de la flamme
et l’écluse du soleil cédait sous le poids de tant de clarté
un oeil de raisin que l’on crève
c’était une journée plus douce qu’une femme qui palpitait d’un bout à l’autre
j’ai vu son corps et j’ai vécu de sa lumière
son corps se tortillait dans toutes les chambres
offrant des dieux inassouvis aux aveugles adolescences
des monceaux d’enfants changés en sauterelles sur d’immenses désolations de plages
les chevilles glapissantes d’un bonheur sauvage
des branches jasant dans les fragiles ruisseaux
j’ai vu son corps étendu d’un bout à l’autre
et j’ai plongé dans sa lumière qui pénétrait d’une chambre à l’autre
l’arbre à fouets striant de minces traînées d’obscurité
le corps immensément douloureux – c’était une journée plus douce qu’une femme
j’ai vu sous les lits
de lourdes masses d’ombres
prêtes à voler autour des voleurs endormis
dans la paume molle de leurs lits
j’ai vu accrochées aux oreilles les auréoles
de lourdes masses gardiennes aux poings noirs
et marchant au milieu écriture sans répit
la pluie rompant des ailes grises et des prismes
de courtes volontés phosphorescentes perdues parmi les hachures du rire
leur trot réveillant les champs fermés par les yeux
sans bruit se vissant sur l’écrou de la margelle du puits
de rares halètements d’herbes folles
et puis des catacombes d’oiseaux les oiseaux
fuyant à travers les tentacules soumises
les frères apprivoisés dans la glace
les yeux de faïence fixés aux enclos des patries
où l’on jette les terres dans des flaques de cadavres et d’urine
plus loin j’ai vu les cils qui se pressent autour des oiseaux -couronne polaire
et les puissantes chutes des oiseaux de lumière
sur le monde enflammée de journées sans issue
et puis je n’ai plus rien vu
quelqu’un a fermé bruyamment la porte
– amie pleureuse à fond de cale –
la nuit s’est recroquevillée en moi

 

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